Présentation

Texte libre

Sauf mention, les textes sont de Nino.
Les catégories Préhistoire et Moyen-Age appartiennent au passé, mais sont encore vivaces.
La Renaissance est inspirée du présent et des visites d'autres blogs.
Le Futur viendra bien assez tôt...

Mercredi 2 août 2006

       C’est à Saint-Paul de Vence que j’ai connu André Verdet c’était un jour de fête et Dieu sait si les fêtes sont belles dans le Midi un jour de fête oui et je crois même que c’était la canonisation de Saint Laurent du Maroni enfin quelque chose dans ce genre-là avec de grands tournois de boules des championnats de luttes religieuses et des petits chanteurs de la Manécanterie et des tambourinaires et des Arlésiens et des Arlésiennes des montreurs de ruines des fermeurs de persiennes et des Saintes Maries de la Mer arrivées en wagon-citerne un musée Dupuytren ambulant avec ses fœtus transparents ses césariennes de plâtre et ses bubons fondants un grand concours de pyjamas de plage et de suspensoirs en rubans une exhibition d’exhibitionnistes spectacle interdit aux enfants enfin la location des plantes vertes pour cérémonies officielles battait son plein et il y a avait des messes de minuit et des vêpres siciliennes dans tous les coins et un cosaque un centenaire avait promis marquant ainsi sa confiance en l’avenir de rendre son dernier soupir en présence de ses concitoyens mais il reprit goût à la vie en écoutant le tambourin on fut obligé de l’abattre pour que la fête batte son plein à coups de canon dans la prostate histoire de rigoler un brin et en avant la musique en arrière les enfants et les garçons de café se trompant de terrasse couraient porter la bière au cimetière du coin enfin Nice était en folie c’était le soir de Carnaval et les femmes jolies au bras de leur galant se pressaient vers le bal sans parler du combat naval de beaux officiers de marine sur des canonnières de nougat bombardaient les jeunes filles de la ville avec des branches de mimosa et des tombolas des manèges de cochons et beaucoup de reposoirs pour se reposer en regardant passer les processions et des fontaines lumineuses des marchands de poil à gratter une course d’écrevisses des charmeurs de serpent et des gens qui passaient tout doucement en se promenant une boiteuse avec un hussard un laboureur et ses enfants un procureur avec tous ses mollusques un chien avec une horloge un rescape d’une grande catastrophe de chemin de fer un balayeur avec une lettre de faire-part un cochon avec un canif un amateur de léopards un petit garçon très triste un singe avec ses employés un jardinier avec son sécateur un jésuite avec une phlébite et puis la guillotine et plus un condamné le bourreau avec une angine et une compresse autour du cou et ses aides avec un panier et des arroseurs arrosés des persécuteurs persécutés et des empailleurs empaillés et des tambours des trompettes des pipeaux et des cloches un grand orchestre de tireurs de sonnette un quatuor à cordes de pendu une fanfare de pinceurs de mollets un maître de chapelle sixtine avec une chorale de coupeurs de sifflet et une très célèbre cantatrice hémiplégique aérophagique et reconnue d’utilité publique interprétant « in extremis » et « gratis pro Deo » sous la direction d’un réputé chef de clinique la célèbre cantate en dents de si bémol majeur et en l’honneur du Grand Quémandeur de la Légion d’Honneur avec chœur de dames d’honneur des garçons d’honneur musique d’honneur et paroles d’honneur une festival de chansonnettes grivoises et régal pour les mélomanes un solo de cigale dans un orchestre de fourmis trente-deux mille exécutants s’il vous plaît remarquable musique provençale d’une étonnantes couleur locale et pour terminer la cigale exécutée par ses exécutants qui disparaît sans laisser d’autre trace que la mémoire de son chant une douzaine d’œufs battus et contents entonnant la Mayonnaise dans u mortier de velours noir sur la tête d’un vice-président une grande reconstitution historique avec saint Louis sous un chêne regardant tomber un gland Napoléon à Sainte-Hélène entouré d’os de tous côtés et Charlotte Corday brûlée vive à Drieu le Vésinet et le Masque de fer avec son gant de velours dans la culotte d’un zouave sous les eaux de la Seine en mille neuf cent dix pendant la grande inondation un remarquable tableau vivant où presque tous les morts de la guerre de Cent ans formaient une pyramide humaine d’un effet tout à fait saisissant avec le plus petit des morts tout en haut et fier comme Artaban agitant sans bouger d’un pouce un étendard tâché de sang et des largesses pour les indigents un couvre-feu de la Saint-Jean des grandes eaux minérales une distribution gratuite de pinces à linge de ramasse-miettes de poignées de main et de bons vœux de Nouvel An un mât de Cocagne une course en sac un rallye papier hygiénique un steeple chaise à porteurs compétition publicitaire avec des Rois Soleil de derrière les fagots hurlant dans des haut-parleurs à chaque virage à chaque cahot ah si j’avais une Citroën et sur une immense estrade de sapin blanc recouverte de tapis d’Orient des femmes du monde poussaient des cris perçants jetant sur les coureurs des pots de fleurs des petits bancs sur cette estrade il y avait aussi un comité des fêtes un comité des forges deux ou trois syndicats d’initiative les toilettes les double wc le poste de secours aux noyés une exposition de frigidaires et de dessous de bras à musique une dégustation de Bénédictine offerte par les Bénédictins et de véritable Phosphatine offerte par de véritables Phosphatins et la reconstitution exacte et grandeur nature du bazar de la Charité entièrement reconstruit en amiante à cause de la sécurité et dans ce noble édifice provisoire et consacré à la troisième vertu théologale de somptueuses douairières debout sur la brèche fières et infatigables distribuaient bénévolement à leurs amis et connaissances des laits de poule aux œufs d’or des pots de vin d’honneur des sandwiches au jambon et des assiettes au beurre et tout cela bien sûr y compris les hors-d’œuvre offerts gracieusement au profit des bonnes œuvres la boussole des filles perdues le rond de serviette du vieux serviteur la dernière cigarette du condamné l’œuf d’Autruche de Pâques pour les familles nombreuses la bûche de Noël pour les jockeys d’obstacle tombés dans la misère et la bouche pleine et le jarret tendu des gens connus faisaient connaissance avec d’autres gens connus quand on pense qu’on ne s’était jamais vu disait l’un qui avait beaucoup de décorations il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas répondait un autre qui n’avait pas du tout de menton quelle belle fête n’est-ce pas mais quelle chaleur quelle foule et quelle promiscuité oh ne m’en parlez pas c’est vraiment déplorable que les gens comme il faut soient obligés de côtoyer les gens comme il ne faut pas et ça donne de beaux résultats tenez vous me croirez si vous voulez eh bien pas plus tard qu’à l’instant même et cela s’est passé devant le buffet excellent d’ailleurs les buffet des ballottines de foie gras absolument divines divines c’est le mot mais où en étais-je donc ah oui figurez-vous disais-je que pas plus tard que tout à l’heure un de mes bons amis parmi les meilleurs excellent musicien par ailleurs a été odieusement piétiné par une bande mal élevés piétiné non vraiment comme je vous le dis piétiné devant le buffet et cela à l’instant même où il se baissait fort imprudemment d’ailleurs pour ramasser son cure-dent ah quelle foule quelle chaleur et quel malheur un ami de vingt ans évidemment nous étions un peu en froid mais qu’est-ce que ça peut faire devant la mort est-ce que cela compte ces choses là vraiment c’est peu de chose que l’homme ah oui peu de chose vous pouvez le dire peu de chose et nous traversons une vallée de larmes c’est le mot enfin la fête est réussie c’est le principal enchanté d’avoir fait votre connaissance mais non je vous assure tout le plaisir est pour moi j’espère que nous allons nous voir souvent mais bien sûr alors à très bientôt mon cher président en somme pour résumer beaucoup de beau monde autour de cette estrade et beaucoup aussi tout autour et des baraques foraines avec avaleurs de sabre au clair des jeteurs de mauvais sort des diseuses de bonne aventure et des remonteurs de moral et des retardeurs de pendule des dompteurs de puces à l’oreille des traîneurs de glaive des rallumeurs de flambeaux des imitateurs de Jésus-Christ des jongleurs de Notre-Dame de Lourdes des prétendants à la couronne d’épines et des rempailleurs de prie-Dieu et des dames patronnesses et des messieurs patrons qui battaient la campagne et la grosse caisse d’épargne devant l’édifiant carton-pâte d’un authentique décor de légendaire moulin à vent où se pressaient un certain nombre de Grands Meaulnes de petits Pas-Grand-chose et de polytechniciens savants autour d’un petit vieillard dur d’oreille vêtu d’un exemplaire costume de chèvre de Monsieur Seguin qui leur lisait l’avenir de l’intelligence dans le poil de la main et il y avait aussi naturellement le bal des petits pis blancs où la jeunesse dorée faisait ses tous de vache à deux et à trois temps et des mater dolorosa des beaux-pères fouettards des petits pères la colique des grand-mères mitoyennes des grands-pères putatifs des arrière-grands-pères Dupanloup et des arrière-grands-mères Caspienne regardaient avec attendrissement tout en posant négligemment pour la galerie d’ancêtres leurs petits enfant vachant gaiement la vache au bal des petits pis blancs leurs enfants d’un même lit ou d’un lit à côté leurs filles du calvaire et leurs garçons manqués et les belles-sœurs latines et les arrière-cousins germains et leurs fils à soldats les beaux-fils à papa et les petites sœurs des pauvres et les grandes sœurs des riches les oncles à héritage et les frères de la côte Desfossés un peu plus loin la jambe en l’air et les jupes retroussées des dames de la meilleure société à capital variable et responsabilité limitée exécutaient avec une indéniable furia francese un impeccable bien qu’un tantinet osé véritable french cancan français cependant qu’au milieu de la réprobation générale une escadron de petites orphelines sous la conduite d’une belle-mère supérieure qui l’avait conduit là par erreur traversant le bal les cheveux tirés le dos voûté les yeux baissés et strictement vêtu de noir animal de la tête aux pieds disparaît en silence comme il était entré en silence sans rien dire et au pas cadencé et retourne se perdre dans la foule des pinceurs de mollets dans la foule des pinceurs de mollets des coureurs de guilledou des doreurs de pilule des bourreurs de mou des collectionneurs de dragées manquées des récupérateurs de dommages de guerre des receveurs de coup de pied au cul des amateurs de claques dans la gueule des embobineurs de fil de la Vierge des cramponnes d’ambassade des batteurs de tapis des détacheurs de coupons des pousseurs de verrou des porteurs de bonne parole des preneurs de paris des donneurs d’hommes des buveurs d’eau des concasseurs d’assiettes des mangeurs de morceaux des retourneurs de veste des rêveurs de plaies et bosseurs des dresseurs de meute des tourmenteurs jurés des prêteurs de main forte des metteurs de main au collet des chefs de bande molletière et des Basques des Basques oui beaucoup de Basques un grand nombre de Basques une foule de Basques car certainement ces gens qui défilaient sans aucun doute c’étaient sûrement des Basques à en juger par leur béret des Basques qui défilaient comme un seul homme un seul homme tout seul sous le même béret qui défilait comme un seul homme tout seul en train d’ennuyer et qui ne rencontre personne sans se croire obligé de le saluer des Basques et des Basques encore des Basques toujours de Basques et sur les trottoirs d’autres Basques regardant les Basque défiler et puis leur emboîtant le pas défilant soudain à leur tour défilant au son du tambour de Basque et André Verdet qu’est-ce qu’il faisait dans tout cela rien trois fois rien dix fois rien cent fois rien absolument rien

Par Nino - Publié dans : Renaissance
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 20 juin 2006

Innocent bleu d'azur parsemé sur la toile
satin d'or des reflets de gouttes de pluie pâle,
autant de ces couleurs qui n'existent qu'un temps
blottis en un endroit, rassemblées un instant
et parfois explosant dans l'univers entier
l'infini contenant à peine ces viviers
loin des gris de l'ennui, les nuances jolies
émerveillaient sans cesse les regards pleins de vie.

Sept couleurs pour la base, des milliers de variantes
immolant de leur fougue la surface planante
mauve claquant dans l'air, prunelles orangées
ocre sauvage et fier, teintes d'un vert rangé,
nuances contrastées pour chacun des jours changés.

Par Nino - Publié dans : Préhistoire
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 19 juin 2006

qui trouvera le texte original que j'ai ignominieusement détourné parce que j'aime bien son auteure ?

       Je les ai achetées il y a déjà quelques semaines, voire même plusieurs mois, juste avant qu’Elle ne vienne passer quelques vacances chez moi. Pour être à l’écoute de Ses moindres désirs, elles avaient donc été immédiatement cachées, masquées, escamotées, soustraites, dissimulées. Tellement bien que je les avais presque oubliées. Cette idée me trottait pourtant dans la tête depuis un moment. Je voulais essayer, découvrir. Et ce soir, elles sont réapparues ! Je suis allée les chercher dans leur introuvable cachette. Je les ai délicatement sorties de leur étui, observées, caressées, malaxées. Puis je me suis préparé à leur introduction. Histoire que notre rencontre se fasse de la façon la plus douce possible. Après les ablutions, je les ai lentement, doucement, tout doucement, fait glisser en moi. Sensation étrange, insolite, surprenante.

       Avec elles, le silence n’est pas immédiat, il faut quelques instants. Il ne faut surtout pas faire l’erreur de rester immobile. Au contraire ! Je marche, allume ma télé, crie dans le bureau, branche la radio, applaudis. Je les sens en moi filtrer toutes les vibrations et tous les sons. Je sens mes tympans les enserrer et relâcher sa prise au rythme des bruits et de mes mouvements. Impossible d’oublier leur présence en moi. Même si ma tête n’y pense plus une fraction de temps, mon esprit s’empresse de le lui rappeler ; il s’interroge, se relâche puis se questionne à nouveau, s’apaise une seconde et mes scrute à nouveau. Les sonorités sont comme des vagues, elles m’abandonnent quelques instants puis reviennent de plus belle, me délaissent et me reprennent, m’inondent. Tout se fait en sourdine, subtilement, doucement.

       Je n’en suis qu’au début de mon aventure de malentendant. Pas encore de vertige en vue, je n’ai pas beaucoup d’expérience de ce point de vue. Et puis je ne suis réellement sourd qu’avec parcimonie. Je ne le suis qu’avec les personnes que je veux physiquement effacer. Ma tête, mon esprit, mes tympans et ma thyroïde sont étroitement liés… Donc pas de silence mais un bien-être discret et inattendu, perception nouvelle, redécouverte à chaque son.

      
Et puis il y a quelque chose d’amusant à provoquer ces sensations en étant le seul à savoir ce qui se passe en moi. Quelque chose qui fait monter la curiosité, et l'agitation aussi. Je les porte en ce moment même. J’ai mis mes boules Quies uniquement seul chez moi, et je n’imagine pas qu’il en soit autrement. Pourtant, je reconnais que l’idée de cette expérience solitaire et secrète pendant un entretien, lors d’une réunion, ou au cours d’un repas a quelque chose de saisissant.

      
J’avais Diego tout à l’heure au téléphone alors qu’il s’escrimait sur son dernier jeu vidéo hors de prix donc forcément indispensable, et je lui dis « j’écris mon prochain article, le sujet c’est ce que je porte ». Il me répond sans que j’entende et pour cause « allons bon, tu portes à porte ou quoi ? ». Je lui précise alors que j’écris sur « ce que je porte exactement en ce moment même ». Petit blanc de Diego qui me demande après réflexion si je porte à faux, prête à rire ou perds tes profits. Bon, pas très à l’écoute le garçon, en même temps il est 1h67 du mat’ et je n’entends rien de ses réponses. Je lui lance donc une bouée: « c’est à mettre dans les étiquettes ». Silence. Puis j’entends un bourdonnement qui me tente de me dire « Noooooon t’as mis des boules Quies ???!? ». Je me suis donc beaucoup escrimé pendant toute notre conversation à lui faire part de mes élucubrations (« je crie je rote je chante je siffle j’applaudis je ronfle je murmure ») afin qu’il soit tenu au courant le plus finement du monde de la capacité d’adaptation des petites boules enfouies en mes oreilles. J’ai évidemment réussi à lui casser les siennes (d’oreilles), mais au-delà de ça, je me suis rendu compte d’un truc. Avant qu’il ne saisisse, pendant les quelques instants où il ignorait la situation, j’avoue innocemment que de parler honteusement avec quelqu’un, tout en ne l’entendant que très vaguement m’a semblé plutôt grisant… (et je ne m’en excuse même pas). J’ai l’impression que ce genre de sensation attise l’amusement déjà engendré par les boules, décuple le décalage du moment.

      
Malgré tout, l’activité ‘Boules Quiès et Entretien annuel en vue d’une augmentation‘ n’est pas d’actualité ! Le risque peut me distraire, le danger de se planter, lui, me pétrifiera. Je me préfère seul pour ressentir ces choses-là, j’ai besoin de ma radio, de mes CD, de cette musique-là.

       Je vais donc continuer d’apprivoiser mon côté ‘sourdingue’ en attendant ma Belle à la voix de velours… Manquerait plus que je me mette à la musicothérapie...

 

 

Par Nino - Publié dans : Renaissance
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 16 juin 2006

J'avais dit: "pendant les vacances, je ne fais rien !... Rien ! Je ne vais rien faire ".
Je ne savais pas où aller. Comme j'avais entendu dire : "A quand les vacances?... A quand les vacances?..." Je me dis: " Bon !... Je vais aller à Caen... " Et puis Caen !... ça tombait bien, je n'avais rien à y faire.
Je boucle la valise... je vais pour prendre le car... Je demande à l'employé :
- Pour Caen, quelle heure ?
- Pour où?
- Pour Caen !
- Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où?
- Comment? Vous ne savez pas où est Caen?
- Si vous ne me le dites pas !
- Mais je vous ai dit Caen !
- Oui !... mais vous ne m'avez pas dit où !
- Monsieur... je vous demande une petite minute d'attention !
Je voudrais que vous me donniez l'heure des départs des cars qui partent pour Caen !
- ! !...
- Enfin !... Caen !... dans le Calvados !...
- C'est vague !
- ...En Normandie !...
- Ma parole ! Vous débarquez !
- Ah !... là où a eu lieu le débarquement !... En Normandie !
- A Caen...
- Là !
- Prenez le car.
- Il part quand?
- Il part au quart.
- ! !... Mais (regardant sa montre)... le quart est passé !
- Ah ! Si le car est passé, vous l'avez raté.
- ! !... Alors... et le prochain?
- Il part à Sète.
- Mais il va à Caen?
- Non il va à Sète.
- Mais, moi, je ne veux pas aller à Sète... Je veux aller à Caen !
- D'abord, qu'est-ce que vous allez faire à Caen ?
- Rien !... rien !... Je n'ai rien à y faire !
- Alors, si vous n'avez rien à faire à Caen, allez à Sète.
- ! !... Qu'est-ce que vous voulez que j'aille faire à Sète?
- Prendre le car !
- Pour où?
- Pour Caen.
- Comment voulez-vous que je vous dise quand, si je ne sais pas où !...
- Comment !... Vous ne savez pas où est Caen?
- Mais si, je sais où est Caen !... Ça fait une demi-heure que je vous dis que c'est dans le Calvados !...
Que c'est là où je veux passer mes vacances, parce que je n'ai rien à y faire !
- Ne criez pas !... Ne criez pas !... On va s'occuper de vous.
Il a téléphoné au Dépot.
Mon vieux !... (regardant sa montre) :
A vingt-deux, le car était là. Les flics m'ont embarqué à sept...
Et je suis arrivé au quart. Où j'ai passé la nuit !

Raymond Devos

Par Nino - Publié dans : Hors du temps
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 15 juin 2006

       Il y a un vieil adage qui dit que le meilleur moment en amour, c'est en montant l'escalier dans les minutes précédentes. Pour ma part, c'était vrai lorsque j'étais éloigné d'elle et que je recevais une lettre, une vraie, avec du papier et une enveloppe autour. Oui, c'était dans ces temps reculés où l'e-mail n'existait qu'entre laboratoires universitaires, où le téléphone portable pesait 10 kgs et ne se trouvait que dans les voitures des patrons, où on payait avec des francs... Mais je m'égare.
       Lorsque je rentrais chez moi, et parfois même je rentrais aussi le midi pour ça, j'ouvrais d'un geste impatient ma boîte aux lettres. La plupart du temps, elle était vide, enfin vide de missives intéressantes. Et puis parfois, suffisamment rarement pour se faire ardemment désirer, la lettre que j'attendais était posée là, à attendre que je la lise.
       Quand je la voyais, j'avais le coeur qui battait la chamade, j'étais presque ému qu'elle écrive ainsi à mon intention, je voyais son écriture soignée sur l'enveloppe, et à chaque fois, un joli timbre mis exprès de travers pour me taquiner. J'aurais pu la prendre, la déchirer, avaler les mots qui m'étaient offerts, mais non. Je la prenais tout doucement, je la gardais dans ma main et je prenais l'escalier pour faire durer encore l'attente. De toutes façons, y avait pas l'ascenseur... Cinq étages plus haut, je tardais à ouvrir la porte, je buvais un verre d'eau tout doucement, je m'asseyais encore quelques secondes pour penser à ce qu'elle voulait me dire.
       S'il y avait des factures ou des publicités, je mettais encore un peu de temps à les regarder, mais mon esprit n'y était pas. Je subissais ma propre torture de l'attente, et dernier vice, je prenais un couteau très fin pour ouvrir soigneusement l'enveloppe, pour ne pas arracher le papier comme un soudard impatient. La feuille couverte de mots se déployait devant mes yeux, et là, son écriture me ravissait toujours autant. Mais pour savoir ce qu'elle me disait, vous repasserez...

Par Nino - Publié dans : Renaissance
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Catégories

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus