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Texte libre

Sauf mention, les textes sont de Nino.
Les catégories Préhistoire et Moyen-Age appartiennent au passé, mais sont encore vivaces.
La Renaissance est inspirée du présent et des visites d'autres blogs.
Le Futur viendra bien assez tôt...

Samedi 13 mai 2006

       J'ai un lave-linge. Ou plutôt j'avais un lave-linge. Une machine assez étonnante, capable de beaucoup de choses. Au début bien sûr, il avait fallu faire pas mal d'efforts pour l'installer, mais une fois les règles du jeu assimilées, je savais en tirer le meilleur, ou du moins essayer.

       Ainsi, elle savait monter en température et donner au tissu le soyeux agréable qu'on aime sentir sur soi. On lui donnait des vêtements fatigués, chiffonnés, usés par le simple fait d'être ordinaires, et ils ressortaient comme revigorés, ranimés d'une vie nouvelle. Ils pouvaient ensuite être mis tout de suite et finissaient de sécher à même le corps, ou bien étendus naturellement aux rayons du soleil pour en capter la douce chaleur. Je ne connaissais pas tout le détail de ce qu'elle savait faire, je n'avais pas le mode d'emploi, comme pour beaucoup de choses d'ailleurs. Alors, j'essayais beaucoup, je tentais de doser différemment à chaque fois, de sentir et de ressentir les différences. Tout allait pour le mieux.

       Et puis un jour, quelque chose a cassé. Je n'ai pas vu l'usure, peut-être était-ce d'ailleurs un problème de compatibilité, je ne sais pas. Toujours est-il que le mécanisme fragile s'est déréglé, que l'eau est devenue très chaude, puis bouillante, puis brûlante. J'ai encore quelques marques. Il n'est plus ressorti que des vêtements abîmés, pas détruits, mais un peu quand même. Lorsque j'avais vu cela, j'avais essayé d'ouvrir la porte, mais tout ce que j'ai réussi à faire a été de déclencher les grandes eaux...

       J'ai mis du temps à éponger. Heureusement, des amis m'ont aidé. Sans doute y avait-il une pièce de cassée, ou un tuyau, ou un défaut à l'origine, ou un manque d'attention, ou trop de sollicitations, enfin je n'en sais rien. Du coup, je ne lui confie plus rien, c'est dommage. Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? Je n'ai pas l'intention de laver mon linge à la main trop longtemps, mais cette machine est encore présente chez moi, en moi, comme un poids inutile. Cependant, je n'aime pas aller traîner dans les boîtes d'électro-ménager. Alors, on verra bien si je retrouve un jour un lave-linge aussi prodigue et aussi enrichissant, et si j'entends à nouveau la musique de son tambour.

Par Nino - Publié dans : Moyen-Age
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Vendredi 12 mai 2006
On demande cheval sérieux connaissant bien Paris pour faire livraisons tout seul. A vendre rouleau compresseur, 15 t, accidenté. Utilisable comme presse-papier. Prix intéressant.
Lycéen cherche blanchisseuse habile pour l'aider à repasser ses leçons. Manchot vend voiture à bras. Première main.
Suppositoires phosphorescents, permet-tant leur utilisation dans l'obscurité. La boîte de 200....31,60F Mannequins géants sont demandés pour haute-couture.
On demande deux hommes de paille, un grand et un petit, pour tirage au sort. Jeune homme désintéressé épouserait jeune fille laide même fortunée.
Comprimé d'aspirine, dans la force de l'âge, cherche bonne migraine avec qui se mesurer. Camembert bien fait cherche brie coulant pour aller ensemble en marche d'entraînement.
Femme de ménage pieuse cherche emploi dans institution religieuse pour regarder ménage se faire tout seul par opération du Saint-Esprit. Fourchette-piège : permettant de déguster les petits pois proprement et élégamment........................12,00F la même, mais plus cher...........14,50F Modèle identique, avec compteur totalisateur......................47,50F
Petites mains, grandes mains, premières mains, main d'œuvre, main basse, haute main, longues mains, main à la pâte, main courante sont demandées par maison de haute-couture pour travaux en sous-main. Se présenter chez Balmain, demain, après-demain ou le lendemain du surlendemain.

Sensationnel ! C'est le moment d'en profiter la paire.................32,95

Sourd rencontrerait sourd pour trouver terrain d'entente.

Je donne lesson d'ortaugraffe part quoraispondance.

Perdu hier une bonne occasion de me taire. Récompense Usine de réfrigérateurs cherche collaborateur un peu givré.
Cannibale mélomane cherche travail dans opéra-bouffe. Vends fous à lier. Ficelle fournie.
Offre bonne place de gardien de vaches. Paiement par traites. Cause erreur diagnostic médical, revends cercueil, bon état.
Abeille épouserait frelon. Lune de miel assurée. Urgent ! A vendre, très beau lot de yaourts assez récents.
A louer juillet-août : luge et patins à glace, bonnet et moufles. Indécis recherche bascule de précision pour peser le pour et le contre.
Besoin argent, vendrais très cher objets sans grande valeur. Usine de lance-pierres cherche ouvriers à l'esprit frondeur.
Echangerais voiture de sport endommagée contre chaise roulante en bon état. Speakerine muette cherche engagements pour s'adresser à téléspectateurs sourds.
Echangerais quinze jours de vacances pris au mois de juillet contre quinze jours à prendre en septembre. Pièces de rechange pour animaux divers : œil de bœuf, 7 F ; queue de rat, 3 F ; pied de biche, 9 F ; tête de loup, 10 F ; bec de canne, 11 F.
Plongeur sous-marin débutant, cherche équipement réduit pour expérimentation en lavabo. EXCELLENTE AFFAIRE A vendre : MAISON DE REPOS ACCES FACILE , proximité immédiate aéroport et autoroute.
Trous pour planter les arbres : le tombereau 16,50 F. Grand gaillard, genre abruti sans spécialité, cherche emploi de bourreau.
Couvertures en fonte pour personne ayant le sommeil léger. La pièce : 790 F Souffrant insomnies, échangerais matelas de plume contre sommeil de plomb.
Totalement sourd accepterait faire l'âne pour avoir du son. Cause sécheresse, truite de torrent cherche place poisson rouge chez particulier.
Vends papier glacé pour lettres de rupture. Vends bâtons de dynamite n'ayant servi qu'une fois.

Pierre Dac

Par Nino - Publié dans : Hors du temps
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Jeudi 11 mai 2006

       Il souriait. La branche à laquelle il se tenait se brisa alors avec un bruit sec. Il bascula lentement en arrière. Son pied glissa et il chuta sans savoir comment se rattraper.
       Il était arrivé tout en haut de l’arbre en suivant le chant de la mésange, escaladant sans s’en rendre compte, atteignant le sommet sans se retourner, arrivant là où la vue est plus belle là où l’air est plus pur, là où les branchages sont plus fragiles.
      
Il n’avait d’yeux  que pour elle, tous ses sens étaient tendus vers cette mésange à la robe claire et au chant harmonieux. Et elle allait continuer son vol, au delà de cet arbre, si haut soit-il…
       C’est quand il prit conscience de cette situation que la branche se brisa et qu’il bascula. Il perdit alors l’oiseau de vue et commença à tomber. Son dos cassa quelques branchages assez minces, puis il rebondit sur une branche plus importante. Durant une fraction de seconde, il reconnut un nid pourvu d’œufs prêts à éclore et qu’il avait pris soin d’épargner.
       Il revit aussi les contours d’un visage que dessinait une plaque de mousse et qu’il avait aimé quelques instants auparavant. Ses bras battaient l’air sans qu’il ne put les contrôler, ses mains étaient griffées sans discontinuer dans cette chute saccadée qu’il ne pouvait pas stopper, qu’il ne savait pas arrêter.
       Parfois, sa tête heurtait un obstacle et il perdait conscience une fraction de temps. Puis, il se revoyait chutant, repensait à cette mésange envolée. Le voyait-elle tomber ainsi ou s’était-elle enfuie déjà si loin ?
       Quand la zone des feuillages fut dépassée, la descente s’accéléra, plus aucune gêne n’empêchant la chute libre. Il revit le tronc massif, ces quelques premiers mètres qu’il avait été si difficile de gravir, tellement exaltant aussi.
       Tournant une dernière fois sur lui-même, il n’aperçut pas la mésange, mais l’herbe sur laquelle il était étendu lorsqu’il l’avait remarquée. Cela semblait un passé si lointain... Pas un cri ne lui avait échappé depuis que la branche s’était rompue.
       Mêlant au sol le vert et le rouge, quelques rigoles de sang s’échappaient de son visage resté intact sur un corps disloqué. II souriait.

 

 

 

 

Par Nino - Publié dans : Moyen-Age
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Mercredi 10 mai 2006

Immortels et fuyants, éternels, éphémères,
ses mots restaient longtemps à naviguer dans l'air
au gré du joli vent, ne voulant plus se taire,
batifolant, dansant, pleins d'une joie précaire.
Elle avait, en souriant, su gommer les travers,
laisser infiniment ses angoisses au vestiaire,
lancer des défis quand elle voulait fuir la Terre
et rejoindre en rêvant ses projets les plus chers.

Sur les sables émouvants, tout au bord de la mer,
inscrits pour si longtemps, et bientôt recouverts,
mots cruels et vivants, trop justes, trop sévères,
on pouvait lire le temps de ses phrases sincères
nacrées de ce diamant qu'est son âme si fière !

Par Nino - Publié dans : Préhistoire
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Mardi 9 mai 2006

       Il était une fois, il y a bien longtemps, un ouvrier qui vivait paisiblement, se déplaçant au gré des travaux qu’on voulait bien lui donner. Il aimait son travail, et n’hésitait pas à y passer plus de temps que nécessaire, afin que le résultat fût parfait.
       Un jour, il advint qu’on lui confiât la construction du mécanisme d’un petit moulin, lequel serait érigé par d’autres ouvriers, le long d’un canal en projet. La paie était bonne, la tâche intéressante, il accepta avec enthousiasme de mettre en œuvre son savoir-faire sur ce projet.

       Le premier jour, il découvrit les outils qu’on allait mettre à sa disposition. Certains paraissaient être déjà très usagés, alors que d’autres semblaient n’avoir jamais servi. Mais rien ne le rebutait et il écouta avec attention les instructions sur des méthodes de travail qu’il allait devoir respecter.
       Les jours suivants, cet homme de bonne volonté commença à effectuer les travaux qu’on lui avait demandés. Il s’étonnait bien de n’avoir pas encore les murs sur lesquels se fixerait le mécanisme en cours de montage, mais on le rassura doctement. Il continua donc à œuvrer avec application.

       Quelque temps plus tard, les murs du moulin commencèrent à se dresser, et pris d’un doute, notre homme posa quelques questions aux autres ouvriers sur certains points qui lui semblaient curieux. Il s’avéra vite que le mécanisme projeté serait inconciliable avec les parois telles qu’elles se dressaient sur le chantier.
       Après un long conciliabule avec le maître d’ouvrage, les plans du mécanisme furent modifiés de façon à ce qu’il soit d’équerre dans le bâtiment. Et chacun se remit au travail. Mais les changements en apparence anodins avaient des conséquences cachées: telle pièce ne pouvait plus jouer correctement, telle autre ne tenait pas et devait être réduite, une autre encore ne s’adaptait plus à l’ensemble.
       L’ouvrier effectua tous les changements nécessaires, les uns après les autres, autant sereinement que possible. Il se rendait bien compte que l’efficacité du mécanisme serait moindre, mais lorsqu’il soulevait le problème, il lui était rétorqué qu’on lui demandait de le construire, et non de le concevoir. Il s’exécutait donc.

       Un peu plus tard, alors que les murs et le mécanisme semblaient achevés convenablement, on découvrit que le flux d’eau qui passerait par ce moulin serait finalement plus important que celui envisagé initialement. On demanda alors au travailleur de modifier en conséquence son œuvre, ce qu’il fit avec un léger début d’amertume. Il prit presque le pli de ces changements de directives.
       Ce qu’il voyait aussi chez les autres ouvriers ne le consolait point. Tel mur ici devait être renforcé, tel autre là devait au bout du compte inclure une fenêtre, un dernier ne servait finalement pas. De plus, les matériaux devenaient difficiles à obtenir, et il fallait réclamer à de multiples reprises avant d’obtenir le moindre sac de ciment ou la moindre poutre nécessaire.

       Vint le temps où le moulin fut achevé complètement, à la grande joie de tous ceux qui avaient travaillé dessus. Il y avait bien des imperfections, des bricolages de ci de là, des solutions parfois un peu bizarres qui s’étaient imposées, mais l’ensemble fonctionnait, du moins avec l’eau de ces barriques qui avait permis de réaliser quelques tentatives, le canal n’étant pas encore construit.
      
Il ne le fut jamais.

       Les ouvriers qui avaient quitté le chantier avant son accomplissement ne surent pas que le fruit de leur travail, où ils avaient conjugué ténacité et savoir-faire, ne serait jamais utilisé. Celui qui s’était dépensé sans compter pour que son mécanisme tourne comme une horloge le sût, lui. Il en conçut beaucoup d’amertume et de tristesse, et ne retravailla plus jamais sans penser que ce qu’il faisait était peut-être inutile.

       Moralité: heureusement, ceci est une fable ! De nos jours, au temps de l’informatique, ce serait totalement imaginaire ! 

Par Nino - Publié dans : Moyen-Age
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