La Nationale 7 est à notre hexagone ce que la Route 66 est aux USA : une incongruité, un anachronisme, quelques pans de bitume ou de pavé qui vieillissent bien, malgré les coups de boutoir autoroutiers.
La Nationale 7 est en sursis, elle est remplacée peu à peu par l’A7 depuis Paris, et un peu plus au sud par l’A77. Dans le Loiret, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, il n’en restera bientôt plus rien, elle deviendra une simple départementale, sombrant petit à petit dans l’oubli et ses bas-côtés envahis de mauvaise herbe.
Pourtant, quand on a la curiosité de sortir des chemins battus (c'est-à-dire aujourd’hui des autoroutes), lorsque les vacances ne commencent pas à la fin de la route, mais à son début, quand on prend le temps de rouler, le plaisir est bien là. On aperçoit les vieux panneaux publicitaires sur les pans de murs, réclames pour des alcools oubliés ou de l’électroménager disparu. On devine les anciennes stations-service derrière les ronces et les arbustes, on cherche le petit restau routier qui résiste aux fast-foods des banlieues métropolitaines. Et quel délice retrouvé de traverser ces communes quand on descend plein sud !
On quitte Paris par Le Kremlin Bicêtre, on traverse Rungis et Orly, on atteint bientôt Fontainebleau. Il faut passer par des villages comme Souppes sur Loing ou La commodité pour se dire que les stations d’autoroutes sont décidément moins amusantes ! Cosne sur Loir n’est pas symbolique d’un paresseux fou et Nevers est à la botte du voyageur…
Ma guimbarde passe à côté du circuit de Magny-Cours et le vent m’amène jusqu’à Moulins. Ensuite, tous les petits villages enjambent l’Allier et on arrive à Lapalisse, évidemment.
Opération café à L’hôpital sur Rhins, on remet les gaz vers Fourneaux et on s’éclipse à Tassin la Demi-Lune, juste avant Lyon.
Le Péage était là bien avant l’autoroute, et tous les chemins mènent à Erome. Pont de l’Isère est bien une commune avant qu’on n’arrive à Valence. La route mène ensuite à Montélimar, à Pierrelatte et à Mondragon. Je passe à Orange et déboule à Avignon.
Le tacot est à Aix-en-Provence, traverse le Cannet des Maures et Fréjus, flâne dans St Raphël, et suit des yeux le train du haut de la Corniche d’Or. Pas de festival à Cannes, je trace dans Antibes, joue à saute-mouton avec le Loup et fonce vers Nice. Bientôt Menton et l’arrivée…
Route Royale, Route Impériale, Route des Vacances, la Nationale 7 a toute une histoire et reste pour moi le symbole des vacances et du fait de savoir prendre le temps de voir les gens et les choses.
Il y a des mots sucrés et d'autres au goût amer,
Petra venait chaque hiver passer quelques jours ici. Elle se sentait une autre femme dans cette vieille maison, loin de son travail, loin des laideurs urbaines, loin de toute préoccupation matérielle. Lorsque ses grands-parents étaient décédés, personne dans la famille ne s'était précipité pour acquérir la demeure perdue au bord de l'océan. Elle avait alors repris l'ancienne bâtisse aux murs épais, espérant y retrouver les émotions des étés de son enfance. Mais c'était un tout autre univers qu'elle avait ressenti en venant régulièrement dans ce lieu.
Ses cheveux flottent dans l'air comme une vague insouciante. Elle a pris l'habitude de virevolter sans arrêt, de ne jamais se poser complètement quelque part. Ses yeux sont deux lames tranchantes qui fouillent les moindres recoins de vos pensées. Lorsqu'on l'aborde sans qu'elle s'y attende, elle mord sauvagement. Si elle décide, et elle seule, d'engager le dialogue, c'est en suivant ses règles, et de sa seule volonté.
Impassible au milieu de la piste de danse