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Texte libre

Sauf mention, les textes sont de Nino.
Les catégories Préhistoire et Moyen-Age appartiennent au passé, mais sont encore vivaces.
La Renaissance est inspirée du présent et des visites d'autres blogs.
Le Futur viendra bien assez tôt...

Mercredi 3 mai 2006

       La Nationale 7 est à notre hexagone ce que la Route 66 est aux USA : une incongruité, un anachronisme, quelques pans de bitume ou de pavé qui vieillissent bien, malgré les coups de boutoir autoroutiers.

       La Nationale 7 est en sursis, elle est remplacée peu à peu par l’A7 depuis Paris, et un peu plus au sud par l’A77. Dans le Loiret, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, il n’en restera bientôt plus rien, elle deviendra une simple départementale, sombrant petit à petit dans l’oubli et ses bas-côtés envahis de mauvaise herbe.

       Pourtant, quand on a la curiosité de sortir des chemins battus (c'est-à-dire aujourd’hui des autoroutes), lorsque les vacances ne commencent pas à la fin de la route, mais à son début, quand on prend le temps de rouler, le plaisir est bien là. On aperçoit les vieux panneaux publicitaires sur les pans de murs, réclames pour des alcools oubliés ou de l’électroménager disparu. On devine les anciennes stations-service derrière les ronces et les arbustes, on cherche le petit restau routier qui résiste aux fast-foods des banlieues métropolitaines. Et quel délice retrouvé de traverser ces communes quand on descend plein sud !

 

       On quitte Paris par Le Kremlin Bicêtre, on traverse Rungis et Orly, on atteint bientôt Fontainebleau. Il faut passer par des villages comme Souppes sur Loing ou La commodité pour se dire que les stations d’autoroutes sont décidément moins amusantes ! Cosne sur Loir n’est pas symbolique d’un paresseux fou et Nevers est à la botte du voyageur…

       Ma guimbarde passe à côté du circuit de Magny-Cours et le vent m’amène jusqu’à Moulins. Ensuite, tous les petits villages enjambent l’Allier et on arrive à Lapalisse, évidemment.

Opération café à L’hôpital sur Rhins, on remet les gaz vers Fourneaux et on s’éclipse à Tassin la Demi-Lune, juste avant Lyon.

       Le Péage était là bien avant l’autoroute, et tous les chemins mènent à Erome. Pont de l’Isère est bien une commune avant qu’on n’arrive à Valence. La route mène ensuite à Montélimar, à Pierrelatte et à Mondragon. Je passe à Orange et déboule à Avignon.

Le tacot est à Aix-en-Provence, traverse le Cannet des Maures et Fréjus, flâne dans St Raphël, et suit des yeux le train du haut de la Corniche d’Or. Pas de festival à Cannes, je trace dans Antibes, joue à saute-mouton avec le Loup et fonce vers Nice. Bientôt Menton et l’arrivée…

       Route Royale, Route Impériale, Route des Vacances, la Nationale 7 a toute une histoire et reste pour moi le symbole des vacances et du fait de savoir prendre le temps de voir les gens et les choses.

Par Nino - Publié dans : Renaissance
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Mardi 2 mai 2006

Il y a des mots sucrés et d'autres au goût amer,
susceptibles ou mordants, peaufinés ou sommaires,
aux teintes bien trop sombres, ou bien multicolores.
Blessants et silencieux, ou vivants et sonores,
éphémères un instant, quelquefois éternels,
les mots ne sont jamais assez beaux, ni rebelles.
Leurs bords sont si saillants, leurs sens sont si obscurs,
en robe satinée et pansant les blessures.

Sur des pages entières de livres marathon,
il y a des mots creux, qui souvent font faux-bond.
Mais quand vient le temps des mots non transparents,
on peut n'en lire que quelques uns, éclatants,
naïfs ! salés ! piquants ! débordants ! bouillonnants !

Par Nino - Publié dans : Préhistoire
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Lundi 1 mai 2006

       Petra venait chaque hiver passer quelques jours ici. Elle se sentait une autre femme dans cette vieille maison, loin de son travail, loin des laideurs urbaines, loin de toute préoccupation matérielle. Lorsque ses grands-parents étaient décédés, personne dans la famille ne s'était précipité pour acquérir la demeure perdue au bord de l'océan. Elle avait alors repris l'ancienne bâtisse aux murs épais, espérant y retrouver les émotions des étés de son enfance. Mais c'était un tout autre univers qu'elle avait ressenti en venant régulièrement dans ce lieu.
       Tout bien pesé, c'était l'hiver qu'elle préférait, lorsque les rafales de vent du dehors faisaient apprécier encore plus la sécurité du dedans. Pelotonnée dans un grand pull-over devant la cheminée, Petra laissait filer le temps sans le compter, repensait au passé et projetait l'avenir. Elle se sentait en confiance dans cette maison trapue, comme si une âme généreuse l'y accueillait. Dans les périodes difficiles, elle retrouvait toujours sa sérénité après des moments privilégiés dans ce havre de paix. Elle se souvenait de son grand-père qui avait toujours vécu ici depuis qu'il avait eu l'âge de quitter ses propres parents, et elle se disait qu'il avait peut-être trouvé le bonheur sans lui courir après toute sa vie.
       De temps à autre, elle devait aller chercher dehors quelques bûches derrière la maison, le long de ce grand mur aveugle qui faisait paraître le lieu si austère au premier abord. Le feu prenait toujours très aisément, et procurait chaleur et quiétude durant ces instants où le temps n'avait plus d'importance. La réserve de bois semblait inépuisable, mais elle n'en abusait pas, puisant juste de quoi alimenter un beau feu. Un soir, en déplaçant une bûche plus massive que les autres, quelques rondins dégringolèrent en laissant deviner une surface métallique, d'aspect mat et rouillé. Intriguée, Petra dégagea ce qui apparut comme un vieux coffret aux parois faites d'un métal épais. Il était terni par le temps, sembalit d'un âge indéfinissable, mais gardait toute sa beauté intacte. Elle revint avec l'objet dans la maison, le posa devant la cheminée, et l'observa un long moment à la lumière changeante des flammes.
       Puis, elle ouvrit le coffret, sans difficulté, comme si les années n'avaient pas altéré son mécanisme. Son regard se posa sur l'unique objet qui y reposait, une feuille de papier épais et d'aspect très ancien. Y était dessiné le portrait en pied d'un petit homme râblé, portant de lourds vêtements et affichant un sourire comme elle n'en avait jamais vu de représenté. La gentillesse et la sympathie qui se dégaeaient de ce petit bonhomme faisaient oublier son aspect étrange au premier abord. Il y avait comme une cordialité désintéressée dans son regard, une sorte de volonté de protection sans contrainte d'aucune sorte, et Petra se dit qu'il était tout à l'image de cette demeure qui abritait ce dessin depuis tant d'années. Elle s'interrogea sur l'auteur de ce portrait, était-ce son grand-père ? Mais la feuille de vieux papier et le coffret qui l'abritait étaient bien plus anciens encore. Son grand-père avait-il alors juste protégé ce qui semblait être l'âme de la vieille maison ?
       Sans réponse à ses questions, et sans envie particulière de tout savoir absolument, Petra disposa avec soin le dessin au fond du coffret de métal, referma celui-ci doucement, et le déposa sur le dessus de la cheminée. Le portrait, le coffret, la maison, tout cela ne faisait qu'un et semblait ne jamais avoir fait qu'un. Elle retourna chercher un peu de bois dehors, s'installa devant la cheminée comme pour une conversation, et laissa à nouveau filer le temps. Si c'était possible, elle aimait encore davantage l'ancienne demeure.

Par Nino - Publié dans : Moyen-Age
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Dimanche 30 avril 2006

       Ses cheveux flottent dans l'air comme une vague insouciante. Elle a pris l'habitude de virevolter sans arrêt, de ne jamais se poser complètement quelque part. Ses yeux sont deux lames tranchantes qui fouillent les moindres recoins de vos pensées. Lorsqu'on l'aborde sans qu'elle s'y attende, elle mord sauvagement. Si elle décide, et elle seule, d'engager le dialogue, c'est en suivant ses règles, et de sa seule volonté.
       Son charme est réel, et elle aime à la fois le nier et en user. Ceux qui tombent sous sa coupe ne sont pas malheureux, ou plutôt, ils ont l'illusion du bonheur. Ils sont pris dans le sortilège de ses paroles et de ses gestes, et pas une minute de leur journée ne se passe sans penser à elle. Le sommeil les quitte, la raison les fuit, et son image les poursuit.
       Elle goûte à être la muse qui inspire leurs vers autant qu'elle influence leur vie, et elle aime se repaître des saignements de leur âme. Ses victimes se consument à petit feu, épuisent le souffle de leur vie au lieu de l'enrichir. Lorsqu'ils n'ont plus cette sève qui les rendait désirables à ses yeux, elle s'esquive, elle s'enfuit, elle s'envole à jamais.
       Il ne reste alors que le corps de ses victimes. Leur esprit s'est évanoui et il ne reste plus dans leurs yeux que cette braise éteinte de ce qui fut jadis une flamme infinie. La vampire est déjà bien loin, chassant de sa mémoire les amours passées pour mieux épancher sa soif de nouvelles passions.

Par Nino - Publié dans : Préhistoire
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Samedi 29 avril 2006

Impassible au milieu de la piste de danse
ses pas marquaient le sol d'une manière intense
au rythme sourd et lourd de sons sans importance.
Baissant souvent les yeux, elle prenait ses distances
et fuyait quelques heures, les heurts et les offenses,
la solitude, la foule, et ces trop long silences.
Le regard qu'elle avait, dans ses moments de transe
emportait souvent loin, au delà des nuances.

Sous les soleils de nuit donnant fausse apparence,
il semblait qu'elle était au bord de la démence,
mais en réalité, l'énergie qu'elle dépense
orne de couleurs vives toutes les différences,
nimbant d'azur et d'or les blessures d'insouciance.

Par Nino - Publié dans : Préhistoire
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