Parfois, quand trop d'images sont présentes, ou à l'inverse, lorsqu'elles manquent cruellement, les sons d'une personne sont présents, infiniment. Il y a la tonalité de la voix tout d'abord, reflet de son humeur, mais surtout miroir de son esprit. Une voix à peine rauque, des mots qui se bousculent ou hésitent, mais toujours caressants à mon oreille. Un flot musical un jour d'enthousiasme, un barrage fragile un jour de blues, barrage qui se rompt quelquefois et laisse échapper les souffrances d'une voix sourde.
Il y a aussi, lorsqu'elle murmure une confidence ou un compliment, ce sentiment d'être privilégié, seul à entendre cette musique. Les instants de bonheur ou de surprise provoquent un petit cri aigü, comme si l'enfance ressurgissait. Même son sourire est bruyant, assourdissant, affolant, lorsqu'il me parvient si pur. Dans les moments de colère, les phrases sont hachées, torturées, cassantes, comme les déferlantes d'une tempête qu'on espère brève. On a envie de ne pas les écouter, mais on les entend quand même, et on souffre de les savoir justes, souvent.
Heureusement, ces sonorités-là n'ont qu'un temps, et celui des mots positifs revient bien vite. Ponctué de mille façons, le bruissement de sa vie me parvient comme une mélodie réussie. Le raclement de gorge, léger comme un oiseau. Le crissement des dents sur des ongles déjà courts. Le frôlement silencieux de ses lèvres pour un bisou rapide. Le sillon cristallin des mains dans ses cheveux pour rattraper une mèche envolée. Le vacarme rougissant de ses paupières qui se closent pour masquer un regard ensoleillé. Le souffle ténu et émouvant de son sommeil, lorsqu'enfin, sa respiration se fait si apaisée.
Tout est musical dans ces sons qui me parviennent d'elle, du bruit de ses pas aux vingt mots de son répondeur, du glissement de son stylo à sa porte qui s'ouvre, du froncement de ses sourcils au cadeau de son sourire.