Impassible au milieu de la piste de danse
ses pas marquaient le sol d'une manière intense
au rythme sourd et lourd de sons sans importance.
Baissant souvent les yeux, elle prenait ses distances
et fuyait quelques heures, les heurts et les offenses,
la solitude, la foule, et ces trop long silences.
Le regard qu'elle avait, dans ses moments de transe
emportait souvent loin, au delà des nuances.
Sous les soleils de nuit donnant fausse apparence,
il semblait qu'elle était au bord de la démence,
mais en réalité, l'énergie qu'elle dépense
orne de couleurs vives toutes les différences,
nimbant d'azur et d'or les blessures d'insouciance.
Ses cheveux flottent dans l'air comme une vague insouciante. Elle a pris l'habitude de virevolter sans arrêt, de ne jamais se poser complètement quelque part. Ses yeux sont deux lames tranchantes qui fouillent les moindres recoins de vos pensées. Lorsqu'on l'aborde sans qu'elle s'y attende, elle mord sauvagement. Si elle décide, et elle seule, d'engager le dialogue, c'est en suivant ses règles, et de sa seule volonté.
Son charme est réel, et elle aime à la fois le nier et en user. Ceux qui tombent sous sa coupe ne sont pas malheureux, ou plutôt, ils ont l'illusion du bonheur. Ils sont pris dans le sortilège de ses paroles et de ses gestes, et pas une minute de leur journée ne se passe sans penser à elle. Le sommeil les quitte, la raison les fuit, et son image les poursuit.
Elle goûte à être la muse qui inspire leurs vers autant qu'elle influence leur vie, et elle aime se repaître des saignements de leur âme. Ses victimes se consument à petit feu, épuisent le souffle de leur vie au lieu de l'enrichir. Lorsqu'ils n'ont plus cette sève qui les rendait désirables à ses yeux, elle s'esquive, elle s'enfuit, elle s'envole à jamais.
Il ne reste alors que le corps de ses victimes. Leur esprit s'est évanoui et il ne reste plus dans leurs yeux que cette braise éteinte de ce qui fut jadis une flamme infinie. La vampire est déjà bien loin, chassant de sa mémoire les amours passées pour mieux épancher sa soif de nouvelles passions.
Il y a des mots sucrés et d'autres au goût amer,
susceptibles ou mordants, peaufinés ou sommaires,
aux teintes bien trop sombres, ou bien multicolores.
Blessants et silencieux, ou vivants et sonores,
éphémères un instant, quelquefois éternels,
les mots ne sont jamais assez beaux, ni rebelles.
Leurs bords sont si saillants, leurs sens sont si obscurs,
en robe satinée et pansant les blessures.
Sur des pages entières de livres marathon,
il y a des mots creux, qui souvent font faux-bond.
Mais quand vient le temps des mots non transparents,
on peut n'en lire que quelques uns, éclatants,
naïfs ! salés ! piquants ! débordants ! bouillonnants !
Il y a dans le ciel de ce soir comme un coeur
saignant si violemment de sa lumière blanche
aux heures les plus sombres, envahies de fureur.
Boule aride, et ridée de poussière d'avalanche,
être avide, et vidée de cet air qui effleure
les passants uniformes sur lesquels elle se penche.
Lumineuse, attentive, belle de ses rondeurs,
elle est cet oeil unique, sur nous regard voleur.
Scintillante et régnant sur d'étoiles infimes,
inquiétante araignée sur des voiles de brume,
mer paisible et sans eau, tranquillité sublime.
Ombres portées par elle, posées sur le bitume,
nourrissant ses croissants de cette nuit ultime.
Immortels et fuyants, éternels, éphémères,
ses mots restaient longtemps à naviguer dans l'air
au gré du joli vent, ne voulant plus se taire,
batifolant, dansant, pleins d'une joie précaire.
Elle avait, en souriant, su gommer les travers,
laisser infiniment ses angoisses au vestiaire,
lancer des défis quand elle voulait fuir la Terre
et rejoindre en rêvant ses projets les plus chers.
Sur les sables émouvants, tout au bord de la mer,
inscrits pour si longtemps, et bientôt recouverts,
mots cruels et vivants, trop justes, trop sévères,
on pouvait lire le temps de ses phrases sincères
nacrées de ce diamant qu'est son âme si fière !